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A u coeur de la
Margeride
Justine,
Elles étaient trois soeurs, natives de la paroisse de la Panouse, en Margeride. Et toutes trois engagées comme servante dans les "baraques" du pays. |
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Les Trois Soeurs Justine à la baraque des Bouviers. Elisa à la baraque de Boislong. Aurélie à celle de la Motte. |
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Activant le feu, cuisant la pain, lavant le dallage de la grande cuisine, aidant à la souillarde et sonnant la cloche par les nuits de tourmente, le travail remplissait amplement leurs journées.Pourtant, tout en lavant, récurant, sonnant, elles rêvaient un peu. Et leur rêve, c’était de devenir la "patronne" ; celle qui donne les ordres et distribue les tâches; celle qui réprimande pour un verre cassé, un chaudron mal torché; la "patronne", la femme du patron; la"baraquièro" avec son "baraquio". Et chacune des soeurs rêvait du patron
qui l’épouserait pour en faire la maîtresse de la baraque,celle qui
commande. D’une saison à l’autre,passaient les jours dans les "baraques". Au printemps de chaque année, tout à coup: Los abeilhos! los abeilhos! Les transhumants! Les transhumants! Dans le lointain, en effet, une musique
qui s’approche; celle que font les mille cloches et clochettes d’un troupeau
lorsqu’il avance sur la draille. Alors les trois soeurs, comme si elles s’étaient mutuellement averties, se mirent à sonner la cloche de leur "baraque", comme au plein de l’hiver. Celle de la Baraque des Bouviers semblait crier : "- Pierret, mon Pierret! A la baraque, j’ai allumé un grand feu. Il sèchera ton manteau. Viens." Dans le ciel que brassait le vent et où tournoyaient les flocons, celle de la Baraque de Boislong racontait : "- A la Baraque de Boislong, à la Baraque de Boilong, la soupe de raves, celle qui réchauffe tout le corps t’attend. Je l’ai faite pour toi, Pierret! Viens te réchauffer à ma soupe de raves!" La cloche de la Baraque de la Motte appelait elle aussi : "- A la Baraque de la Motte, les édredons sont de fines plumes. Qu’il est doux de se mettre dessous en regardant par la lucarne la trame blanche que tissent les flocons de neige lorsque le vent les précipite à l’horizontale." Et les cloches de sonner, de sonner. Celle de Justine et celle d’Elisa; celle d’Aurélie. Leurs appels éperdus emplissaient le brouillard où la Margeride se noyait. Se décourageant peu à peu d’appeler en vain, les trois soeurs désobéirent à leur patronne et, sans se vêtir davantage, allèrent vers le col, dans l’espoir d’y retrouver Pierret en péril et de le sauver. Dans le froid et le vent glacé, les sabots dans la neige, au col, elles attendirent le troupeau et son berger. Le lendemain, les hommes du pays, alertés par la disparition des trois soeurs, les trouvèrent au col, nouées par leurs bras et leurs jambes. Jointes par la mort.
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